Dans la bonne petite ville de Dabola, en cette belle matinée du jeudi 1 mai (pas de fête du travail en Guinée), les élèves de lycée planchaient sur leurs examens. Dans une des nombreuses classes du lycée, un professeur surprend un élève en train de tricher : il avait en sa possession toutes les réponses de l’examen. Voilà le point de départ de « la révolte » des étudiants à Dabola. Ce qui c’est passé précisément dans la salle de classe, ce qui a été dit, on ne sait pas grand-chose sauf des rumeurs. Les rumeurs courent vite à Dabola. Toujours est-il que les étudiants sont sortis dehors, en masse, en foule, lançant des pierres sur les toits des bâtiments de l’école. Les enfants sont nombreux en Afrique, et Dabola a le seul lycée de la préfecture. On peut estimer la population de Dabola à 15 000, le lycée a plus de 4 000 élèves … cela fait du monde même si tous n’ont pas participé à l’échauffourée. L’après midi, tout le monde s’est dispersé.
Pourquoi une telle réaction ? En fait il semblerait que le professeur ayant détecté la tricherie ai voulu annuler le présent examen pour en faire repasser un autre, car il se trouve que le coupable pris en « flagrant délit » était moins d’être le seul. L’hypothèse la plus probable, et qui est chose courante en Guinée, est que certains se sont procurés les examens et/ou les résultats et les ont revendus aux autres élèves. On comprend mieux la révolte légitime de ces jeunes qui voient leur investissement devenir complètement inutile.
Le lendemain matin, rebelotte … jets de pierre sur le bâtiment de l’école, cela fait un véritable vacarme au réveil (la maison où je réside n’étant pas loin de l’école). Apparemment les élèves n’ont pas obtenu satisfaction la veille et ne sont pas contents. Au cours de la journée j’apprends que non seulement le proviseur du lycée a été frappé par les élèves mais surtout que les jeunes sont descendus en ville, piller les étals du marché, voler les marchands … Conséquences toutes les boutiques ont été fermées pendant la journée, et les vendeuses / vendeurs du marché ont quitté la place en abandonnant la plupart de leur produits (qui n’ont pas été perdu pour tout le monde : dès qu’il y a de l’agitation, beaucoup en profite pour piller). Pour aller au marché, les jeunes sont passés sans encombre devant la gendarmerie et la police, qui n’ont pas dénié intervenir.
Samedi, tout est calme … trop calme, normalement les élèves devraient être à l’école mais voilà, ils font grève. Le préfet de Dabola a organisé une rencontre avec les sages de Dabola pour trouver une solution et parlera aux élèves lundi. Qu’ont-ils décidé ? Je ne sais pas encore. Je vous tiens au courant dès que j’ai des nouvelles.
C’est bizarre comme réaction. Un élève se fait prendre en train de tricher, les professeurs décident de faire repasser l’examen et les élèves décident de tout casser ? Étrange … en tant qu’élève, moi je trouve ça plus juste de refaire passer l’examen à tout le monde. Ou alors, il y a tant de corruption que ne pas tricher est l’exception …
Finalement comment cela s’est-il résolu ?
Par sdefresne le juin 8, 2006
à 8:19