Voilà un an, j’arrivais en Guinée en tant que Volontaire du Progrès, VP en abrégé, (Lien sur le site de l’AFVP). Il m’a semblé donc naturel d’essayer de faire un bilan de cette année de travail dans l’univers du monde de l’aide au développement et de découverte d’un pays africain la Guinée.
Force est de constater, que je n’ai pas fait la révolution, la Guinée a toujours autant de problèmes et mon action est une goutte d’eau dans l’océan. En soi c’est pas surprenant, mais tout de même, quand je me suis lancé dans le développement, c’est pour voir si je pouvais pas arriver à faire changer les choses, et éviter toutes les erreurs monumentales de l’aide au développement. Une fois arrivé en Guinée, je me suis efforcé d’observer, de comprendre, de voir les choses sans les juger directement avec mes yeux d’occidental. Exercice quasiment impossible, j’ai pu m’apercevoir que ma vision du monde repose sur des valeurs ou des idées qui ne sont pas partagées par tous (par exemple la ponctualité, l’efficacité, la compétence/le mérite, la responsabilité, la probité, l’égalité, l’innovation …) Voici une liste de ce que j’ai appris ou du moins entrevu cette année au niveau professionnel dans l’aide au développement :
- Découvrir un système de valeur et une société différente du modèle occidental
- Prendre conscience de la logique occidentale dans l’organisation et le travail
- Travailler dans un environnement difficile (non motivation, incompétence, difficulté de communication, non transparence)
- La difficulté du « faire faire » et d’amener les gens à évoluer
- Importance du relationnel , de l’information et de l’informel dans le travail notamment dans le secteur du développement
- Gestion des conflits, organisation de réunion, négociation de contrat
- Modes d’organisation, relation hiérarchique au sein d’une organisation
- La gestion de projet (suivi des finances, reporting, indicateurs de suivi)
- Des exemples concrets sur les notions de bénéficiaires, besoins des bénéficiaires, initiatives locales, organisations de la sociétés civile, bailleurs, l’approche projet, les aberrations de l’aide au développement
Au niveau personnel, j’ai aussi appris beaucoup de choses sur moi-même. En effet je suis basé à Dabola, petite ville de 15 000 habitants, où quand je suis arrivé il n’y avait ni téléphone, ni internet, et où il n’y avait aucun autre expatrié hormis mon collègue de travail et mon boss. J’ai toujours eu cependant la possibilité de garder le contact par mail hebdomadaire avec ma famille grâce au téléphone satellite. Quoiqu’il en soit, c’est un environnement intéressant, avec pour quasiment seule activité le travail. Cela m’a permis de prendre conscience que même moi, qui me définit comme un solitaire, a besoin des autres de temps en temps. Plus encore, j’ai besoin de l’approbation de gens que j’estime pour continuer d’avancer, l’avis des autres est donc à la fois une force et une entrave pour mon développement personnel. J’ai aussi besoin d’une certaine reconnaissance pour le travail que je fais … c’est un peu gênant de s’apercevoir que l’on ne travaille pas seulement pour les autres mais pour recevoir leur gratitude. La Guinée est une bonne école pour s’apercevoir de cela car en fait le retour que l’on peut avoir (en terme de résultat, de changement, d’approbation) et assez limité, ou du moins pour moi n’est pas assez important pour les efforts que je fournis. A quoi sert il de continuer si le travail n’est pas efficace, et que l’on ne reçoit rien en retour ? Cela m’a permis de me poser avec plus de force la grande question « pourquoi je travaille ? » « pourquoi je vis ? » Est-ce simplement pour devenir ce que les autres pensent que je devrais faire ou bien j’ai un but personnel qui ne dépend de personne et dont le résultat ne dépend que de moi-même ? J’ai pas encore trouvé la réponse à cette question loin de là, mais ma réflexion a pu s’approfondir. Beaucoup d’autres questions on subit le choc des cultures, me permettant de les considérer sous un angle différent, sans trop d’interférence des solutions toutes faites de la société de consommation. Tout cela ne se faisant pas sans frustration, difficile de garder sa motivation quand on est quasiment sûr que cela ne sert à rien. J’ai ainsi observé les variations de ma motivation, c’est vraiment effrayant de voir que jour après jour mon état d’esprit peut évoluer dans un sens, puis l’autre, parfois sans vraiment de raison apparente.
Globalement j’ai vécu pendant cette année des « temps intéressants ». Ce fut loin d’être drôle tous les jours, mais certaines expériences sont inoubliables. La question à présent est de savoir si j’ai la force de continuer encore pour un an ce challenge. La grande phase de découverte est maintenant passée, que me reste-t-il à découvrir ? Cela fait six mois que je ne suis pas rentré en France, les Guinéens commencent à être trop prévisible, toujours à faire les mêmes erreurs … qu’ai-je à gagner à rester vu que je sais pertinemment que même si mon action n’est pas totalement sans effet, elle ne va vraiment dans le sens du développement tel que je voudrais le faire, il y a trop de contrainte de temps, d’argent … D’un autre côté, les guinéens me réservent toujours des surprises après un an (sûr c’est plus souvent des mauvaises que des bonnes mais bon
, avec un an de recul je peux commencer à initier des changements plutôt que de m’adapter et apprendre comment faire, la structure dans laquelle je travaille subit des transformations (changement de boss, augmentation des effectifs) il sera intéressant de suivre son évolution, c’est aussi un challenge d’essayer de travail sans attendre de résultat (pour l’instant, je n’y arrive pas du tout, je travaille vraiment au ralenti quand la motivation n’est pas là). J’ai bien des raisons de tourner la page mais … ce sera difficile, je me suis attaché à ce pays complètement détraqué, je ne sais pas vraiment pourquoi … peut être simplement parce qu’il m’a tant appris et a tant encore à m’apprendre … les guinéens malgré tous leurs défauts continuent à vivre, dans la misère bien souvent selon nos standards, mais le sourire reste souvent présent. Je vais donc continuer mon chemin pour encore un peu sur les routes et pistes de Guinée et voir ce qui arrive.